[ITW] Mathieu Courdesses, photographe animalier, lutte contre le braconnage en Afrique

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On a rencontré Mathieu Courdesses, photographe et ranger de 25 ans, passionné par l’Afrique australe et luttant contre le braconnage, dans le monde en général et en Afrique particulièrement. 



Hello Mathieu, tu peux te présenter ?


Je m’appelle Mathieu Courdesses, j’ai 25 ans et je suis photographe animalier. J’ai eu la chance de partir en Afrique pour la première fois quand j’avais huit ans, en Namibie et Afrique Australe, et je crois que j’en suis tombé amoureux. Pris d’affection pour ce continent, on y retournait chaque année avec ma famille, c’était un peu devenu une drogue !
Aujourd’hui je souhaite montrer aux gens à quoi ressemblent ces espèces rares à travers mes photos, leur donner envie de les protéger mais aussi de découvrir ce merveilleux continent. J’essaie de montrer le beau pour ne pas qu’il disparaisse. Je veux montrer que les choses vont bien, au lieu de toujours insister sur la négativité. La population de gorilles a doublé dans le parc de Virunga, celle des tigres a triplé au Népal. De nombreux hommes et femmes vouent leur vie à ces animaux sauvages, et sont de réels sauveteurs... c’est aussi ça que je veux mettre en avant. 

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Comment en es-tu arrivé là ?


À mes 18 ans, j’ai fait une première école de commerce qui ne me plaisait pas, mais mon seul but était de retourner voyager en Afrique grâce à cette école. À 19 ans je suis parti au Botswana puis en Namibie en Afrique Australe pour trouver un stage. Ce n’était pas un début des plus reposants, car dès les premiers jours je me suis fait voler tout mon matériel photo ainsi que mon porte-monnaie et mes papiers. Mais je ne me suis pas découragé, j’étais vraiment heureux d’être de retour. J’ai commencé par accompagner les guides en tant que traducteur tout en continuant à prendre des photos et je travaillais sur la bande d’images de lodges en Afrique. Après une deuxième expérience en Afrique et une année de césure, où je suis initialement parti pour m’occuper du référencement d’un tour opérateur, j’ai tout fait pour apprendre à guider dans ce pays et devenir ranger. J’ai commencé par être assistant guide et accueillir les clients à l’aéroport, puis je les accompagnais dans différentes régions de Namibie. Je faisais beaucoup de "tourisme-camping", de safaris, de treks.  

D’ailleurs depuis quand es-tu photographe ?

La première fois que j’ai vraiment touché à un appareil, c’était à mes 14 ans, quand mon père m’a prêté sa caméra. Je crois que je n’ai plus jamais eu envie d’arrêter. Je me suis pris d’affection pour la photo et j’ai commencé à être photographe dans des soirées pour réussir à me payer du matériel. J’ai ensuite enchaîné avec quelques expositions aux alentours de mes 20 ans, toujours en lien avec l’Afrique et les animaux. Une partie de l’argent partait pour l’association One voice, une association fondée en 1995 militant pour le « droit absolu des animaux au respect ». J’ai adoré la faune et la flore d’Afrique, ses lumières incroyables, et c’était magique de réussir à trouver l’animal au bon endroit, j’avais envie de le partager. Chaque safari est différent, je ne vivais que des scènes différentes et incroyables et je m’émerveille toujours autant face à ces espèces rares et sauvages. La beauté du safari n’a nul autre pareil !

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Comment t’est venue cette envie de vouloir protéger les animaux ?


J’ai toujours aimé les animaux mais en faisant de la photo d’animaux en Afrique, je me suis encore plus rendu compte de leur beauté, mais aussi de leur vulnérabilité, et j’ai voulu me concentrer sur la protection animale.


Quels sont les enjeux de la photographie d'animaux sauvages ?


C’est assez délicat, mais c’est incroyable ! Il faut avant tout savoir anticiper le comportement des animaux, connaître le bon moment pour partir quand un éléphant ou un hippopotame commence à charger, par exemple. En fait, on apprend avec l’expérience ! Il faut savoir qu’on ne dérange pas les animaux, on veille justement à leur protection ! D’une certaine manière, on vit en communauté avec eux, et eux comme nous avons appris à vivre ensemble !  


Parle-nous un peu de tes expos


Avec mes expositions, je souhaite éveiller les consciences sur cette belle région du monde mais aussi sur ces espèces emblématiques d’Afrique. Dès que j’ai un peu d’argent de côté, je voyage pour photographier les espèces en voie de disparition, ça me passionne.

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Un projet dont tu voudrais nous parler ?


Cette passion de l’image et de l’animal m’a poussé à me mettre au documentaire animalier. Dans tous les documentaires animaliers, on nous "donne l’animal", mais le vrai d’un safari ce n’est pas ça. On oublie les nombreuses heures passées à les tracker, cette adrénaline indescriptible qui anime les safaris. L’animal sauvage ne nous attend pas au bord de la route, il faut le chercher et se précipiter pour le voir. Je veux donc renouveler le documentaire animalier, montrer l’animal rare à sa juste valeur. 


Concernant le braconnage, que peux-tu nous dire ?


Le braconnage est un vrai sujet, de plus en plus grave, et pris trop peu au sérieux. Honnêtement, entre rangers et braconniers c’est la guerre, et de nombreux rangers perdent la vie chaque année, tués par des braconniers qui n’ont aucune pitié, aucune limite pour arriver à leurs fins. Moi-même je me suis déjà fait tirer dessus. Ils n’ont plus peur de rien, ils utilisent des hélicoptères, cassent les clôtures, bref c’est de pire en pire ! Le but des rangers est de les faire fuir mais aussi de sensibiliser les touristes à la protection animale et de protéger la réserve où ils travaillent. Une association de rangers féminines a d’ailleurs été créée sous le nom de Black Mamba, afin d’éviter le braconnage. Les braconniers auraient plus de mal à tirer sur des femmes, elles aussi armées.

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Comment ça se passe exactement ?


Les braconniers chassent à la pleine lune car c’est là qu’ils ont le plus de luminosité, et que les animaux sont le plus actifs. Les rangers se relayent pour essayer de contrer les braconniers mais ce n’est pas simple. C’est une guerre perpétuelle. En tant que rangers, on se bat pour mettre au courant le gouvernement dans le but de sensibiliser les jeunes à la protection des animaux dès leur plus jeune âge. Pour nous, l’éducation a un rôle important à jouer. De plus, l’apport économique touche et parle aux Namibiens et aux Sud-Africains. On leur explique que s’il n’y a plus d’éléphants, d’hippopotames, ou de rhinocéros par exemple, il n’y aura plus de tourisme. Or, le tourisme est très important pour eux et permet au pays de se développer.


D’où vient le braconnage ? Quels animaux sont les plus braconnés ?


Il vient principalement de la Chine, de la Corée du Sud et du Vietnam, qui utilisent les animaux pour "respecter" leurs traditions : être plus performant sexuellement, se guérir de maladies en tout genre, et même pour leurs plaisirs culinaires.
À vrai dire, tous les animaux peuvent être braconnés ! Mais le pangolin est notamment l’animal le plus braconné au monde, plus d’un million d'individus de cette espèce est tuée chaque année, alors qu’il reste très rare. Personnellement je n’en ai jamais vu... Il est tué pour sa viande et ses écailles. L’éléphant et le phacochère sont tués pour leur ivoire, les hippopotames pour leurs dents et leur viande car ils représentent un danger énorme pour les pêcheurs, l’hippopotame étant l’animal le plus dangereux et le plus agressif. Il retourne les bateaux et tue les pêcheurs sans même les manger, étant végétarien. Les lycaons sont braconnés car ils sont de féroces chasseurs, et sont considérés comme des chiens sauvages chassant le bétail des éleveurs locaux. Aujourd’hui appelés les "wild dogs", ils sont d’ailleurs en train d’être rebaptisés "painted dogs" au Zimbabwe et au Botswana, dans le but de réduire leur braconnage. Les girafes étaient également tuées pour leur queue auparavant. En effet, ceux qui avaient une queue de girafe étaient sacrés chefs de tribu !

Concernant les rhinocéros, ils sont de plus en plus rares et sont braconnés pour leurs cornes. Le kilo de poudre coûte environ 50 000 dollars et une belle corne peut contenir entre 2 et 3 kilos de poudre… Les Chinois pensent que leur corne est aphrodisiaque, ce qui est totalement faux ! Il faut savoir que l’homme a la même kératine que le rhinocéros dans les ongles, pourtant je ne sais pas vous, mais personnellement je ne suis pas plus excité quand je me ronge les ongles…

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Des conseils de ranger à partager ?


Quand on se rapproche d’un éléphant, on passe souvent la tête à travers la fenêtre pour odorer. Si ça sent l’urine, ça signifie que le mâle essaie d’impressionner la femelle, et il ne vaut mieux pas s’arrêter. Mais si on se retrouve face à face à un éléphant, il faut lui parler et faire de grands gestes pour qu’il s’en aille, ça marche je vous le promets ! Si on se retrouve face à un prédateur tel qu’un lion, il ne faut surtout pas se mettre à courir, car on est tout de suite vu comme une proie ! Au contraire il vaut mieux faire de grands gestes pour l’apeurer.


Une anecdote particulière à nous raconter ?


Avec un ami ranger, on était partis dans le désert du Namibe, une réserve très peu connue en Namibie. On nous prévient tout de suite qu’à part des éléphants, on ne verra sans doute pas grand-chose et qu’une meute de lions avait quasiment disparu depuis une dizaine d’années. Sauf qu’en sortant de la voiture, on commence déjà par voir un rhinocéros et c’est extrêmement rare d’en croiser ! Puis en se baladant, on entend soudain un rugissement à nous glacer le sang, à pas plus de 15 mètres dans les hautes herbes derrière nous. On s’est mis à courir en marche arrière, c’était le sprint de ma vie ! Le lion est sorti des buissons, la gueule ensanglantée, alors que les autres étaient toujours occupés à manger la carcasse qu’ils cachaient. Grâce à leur festin, on a été épargné, sinon on y restait, c’est certain ! 

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Un autre message à faire passer ?


Ce que la plupart des gens ignorent, c’est que le tourisme des animaux en Afrique sert pour la protection de ces derniers mais également pour embellir la nature de ces régions. Et c’est également ça que je souhaite mettre en avant. Lorsque nous faisons des safaris, nous ne dérangeons pas les animaux, ils ont appris à vivre avec nous, et on vise toujours au bon respect des touristes envers les bêtes sauvages. On s’est même rendu compte que les animaux se servaient parfois de nous. Une fois des lions se servaient de nos voitures pour chasser sans être vus, en se cachant derrière le véhicule afin d’atteindre leur proie le plus discrètement possible. 


Et aujourd’hui tu fais quoi ?


Pour l’instant je vis en France mais dès que je peux, je travaille avec le lodge francophone Mopaya, une réserve en Afrique située dans le parc national Kruger à Balule exactement. Il est tenu par Michel et Oscar, un père et son fils qui sont extrêmement impliqués dans la cause animale et emmènent les touristes faire des safaris.
Dès que j’ai un projet je pars à la recherche d’animaux en voie de disparition. Mon prochain projet serait d’aller au Brésil dans le Pantanal pour rechercher le jaguar ! Puis j’ai aussi de beaux projets de documentaires animaliers et mon but est de continuer à comprendre de mieux en mieux le comportement des animaux !

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On ne manquera pas de vous faire suivre les aventures de Mathieu !